mardi 10 avril 2018

Interview de Valérie Bonneton "La Ch’tite famille"


Valentin D. et Constance Brandt, un couple d’architectes designers en vogue préparent le vernissage de leur rétrospective au Palais de Tokyo. Mais ce que personne ne sait, c’est que pour s’intégrer au monde du design et du luxe parisien, Valentin a menti sur ses origines prolétaires et ch'tis. Alors, quand sa mère, son frère et sa belle-sœur débarquent par surprise au Palais de Tokyo, le jour du vernissage, la rencontre des deux mondes est fracassante. D’autant plus que Valentin, suite à un accident, va perdre la mémoire et se retrouver 20 ans en arrière, plus ch’ti que jamais !

LA CH’TITE FAMILLE EST VOTRE TROISIÈME FILM AVEC DANY, LE DEUXIÈME EN TANT QUE METTEUR EN SCÈNE... COMMENT PARLERIEZ-VOUS DE VOTRE RELATION PROFESSIONNELLE ET AMICALE AVEC LUI ?

Valérie Bonneton : En réalité, je considère que celui-ci est vraiment mon premier film avec Dany, celui où je le découvre vraiment. Je jouais un petit rôle dans SUPERCONDRIAQUE mais je l’avais déjà trouvé comme un poisson dans l’eau sur son plateau. Cette impression a été grandement confirmée... Humainement ensuite, je vous dirais qu’il n’a pas changé et pour moi, nous faisons vraiment partie de la même famille. Nous ressentons des choses communes l’un envers l’autre : de l’admiration, du respect et de la complicité qui s’exprime dans notre jeu d’acteur quand nous sommes réunis. Dany m’avait parlé il y a longtemps de cette « Ch’tite famille » et comme nous venons tous les deux du Nord, il y avait comme une évidence à ce que l’on retravaille ensemble, surtout sur ce rôle-là...

PARLEZ-NOUS DE LOULOUTE JUSTEMENT, VOTRE PERSONNAGE...

Valérie Bonneton : J’ai été très touchée par la lecture du scénario : il y avait pour moi entre les lignes quelque chose du conte... L’histoire de ce type qui renie ses origines parce qu’il a honte de là d’où il vient, qui est victime d’un accident et qui s’endort comme « La belle au bois dormant » avant de se réveiller et de retourner vers son amour d’enfance, vers ses racines... Quant à Louloute, c’est pour moi l’une de ces femmes typiques du Nord que je connais très bien. Elle est assez différente de ce qu’on me propose d’habitude, ces personnages forts, hauts en couleur. Là, c’est quelqu’un qui fait partie des « petites gens » comme on dit. Une fille honnête, droite, plus émouvante que comique d’ailleurs. J’ai adoré incarner Louloute, ce qui m’a permis aussi au passage de retrouver mon accent Ch’ti !

EST-CE QUE ÇA REVIENT VITE D’AILLEURS ?
ET COMMENT NE PAS EN FAIRE TROP POUR RESTER CRÉDIBLE ET PAS CARICATURAL ?

Valérie Bonneton : C’est la première chose à laquelle j’ai pensé !

Je crois en fait que je n’aurais pas joué ce rôle si ça ne me renvoyait pas à 200% à mes origines : cet accent ne m’a jamais quitté...

Il m’arrive très souvent de l’utiliser pour blaguer, je continue de parler le patois Ch’ti dans ma famille, où l’on est vraiment du Nord profond : celui des Corons pas celui de Lille... Et c’est sans doute pour cela que l’histoire du film m’a à ce point émue : moi aussi à l’adolescence j’ai eu un peu honte de cet accent, j’ai voulu le perdre, le quitter.

Ce qui est intéressant au final j’espère, c’est que la vérité du personnage de Louloute, ce qu’elle est vraiment, prime sur sa manière de parler...


JAMAIS PERSONNE NE VOUS A CONSEILLÉ DE METTRE CES RACINES NORDISTES DE CÔTÉ POUR « RÉUSSIR » COMME ON DIT ?

Valérie Bonneton : Non, jamais mais vous savez, je ne me serais pas laissée faire ! Mon père me disait que l’on retourne toujours de là où l’on vient... Bien sûr j’ai eu envie de partir mais j’y suis revenue et surtout, je n’ai jamais oublié combien ces gens du Nord sont rares. Quand je suis arrivée à Paris, on me prenait pour une folle parce que je disais bonjour à tout le monde dans la rue ! C’est une autre mentalité, un esprit différent...

VOUS ÊTES DONC DU NORD, COMME DANY BOON, LINE RENAUD, GUY LECLUYSE ET PIERRE RICHARD... IL Y AVAIT UNE SORTE DE « CLAN DES CH’TIS » SUR LE PLATEAU ?

Valérie Bonneton : Ah oui et pour de vrai ! Vous savez, les gens du Nord, c’est comme les belges : on les reconnait tout de suite et on est bien en leur compagnie. Vous parlez de Line : c’est une femme qui est restée très simple, sans aucun à priori ou jugement. Quand elle rencontre quelqu’un, elle regarde et elle écoute d’abord ! Alors je sais bien que l’on a coutume de dire que « le tournage a été merveilleux, etc » mais c’est pourtant vrai et cela tient surtout à Dany... Il sait s’entourer de personnes exceptionnelles, comme Line Renaud. Pour moi, ça a été une belle rencontre, une grande leçon.

SI L’ON AJOUTE FRANÇOIS BERLÉAND ET LAURENCE ARNÉ QUI SONT AUSSI DE VRAIES NATURES, Y A-T-IL EU DES MOMENTS SUR LE TOURNAGE OÙ DANY BOON RÉALISATEUR A ÉTÉ OBLIGÉ DE BRIDER UN PEU VOS ARDEURS COMIQUES ?

Valérie Bonneton : C’est vrai qu’il y avait de l’ambiance :

Laurence Arné et François Berléand ne sont pas les derniers quand il s’agit de s’amuser !

Mais le scénario de Dany était écrit très précisément. C’est avant tout un metteur en scène qui sait ce qu’il veut, même s’il est toujours à l’écoute de ce que ses comédiens peuvent lui proposer. Il prend ou pas ce que vous lui apportez mais il y fait attention...

Dany, je l’ai connu quand il avait 20 ans et il n’a pas changé : sur ce film, c’est lui qui a piqué le plus de fou-rires ! Nous n’avons jamais ressenti la moindre pression... Pour lui, rien n’est un problème ou un obstacle, tout le monde est le bienvenu sur le plateau.

Je me souviens d’un jour où ma fille était malade : il s’est arrangé pour aller la faire chercher à l’école et quand elle est arrivée, il l’a présentée à l’équipe, lui a montré les prises... C’est quelqu’un qui est dans la vie avant tout et dont l’intelligence lui permet de ne pas se laisser rattraper par la tension d’un film important comme LA CH’TITE FAMILLE ...

UN MOT DE GUY LECLUYSE QUI INCARNE GUS, VOTRE MARI, LE FRÈRE DE DANY DANS LE FILM. UN PERSONNAGE UN PEU À LA DÉRIVE QUI APPORTE BEAUCOUP DE TENDRESSE...

Valérie Bonneton : Absolument et le couple qu’il forme avec Louloute représente ces mariages qui résistent au temps malgré les problèmes et les défauts parfois insupportables de l’autre, l’alcool en l’occurrence pour Gus. Je trouve qu’il y a beaucoup de solidarité entre eux et c’est d’ailleurs leur seule richesse : à part leur amour, ils n’ont pas grand-chose.

Je suis certaine qu’à Paris, Louloute et Gus se seraient séparés, parce qu’il y a d’autres intérêts...

CE QUI EST INTÉRESSANT DANS LE FILM, C’EST QUE MALGRÉ LES NOMBREUX PERSONNAGES, VOUS PARVENEZ TOUS À EXISTER VRAIMENT, COMME S’IL N’Y AVAIT PAS DE RÔLE PRINCIPAL...

Valérie Bonneton : C’est tout à fait vrai et là encore, c’est grâce à Dany... Sur un tournage, il ne laisse jamais quelqu’un tout seul par exemple, il s’inquiète de savoir où vous êtes, avec qui vous mangez ! On se retrouve donc tous ensemble à regarder les scènes et croyezmoi, ce n’est pas toujours comme ça ! Dany n’est pas quelqu’un comme les autres et ses films s’en ressentent forcément... Vous savez, il n’y a pas de mystère à sa popularité : il ne triche pas, il raconte qui il est à travers ses films et son but ultime est vraiment de donner du bonheur à ses spectateurs... Dans LA CH’TITE FAMILLE, on pourrait se dire qu’opposer les designers parisiens et les petites gens du Nord c’est caricatural, mais non : le film n’est méchant ou moqueur à aucun moment, même s’il pointe les failles de chacun. C’est juste de la tendresse et de la bienveillance...

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