vendredi 27 février 2015

Interview de Pierre Niney César du meilleur acteur

vendredi, février 27, 2015 By Femmes Actives , , , No comments


 Interview de Pierre Niney, César du meilleur acteur, pour le film "Un homme idéal" qui sortira dans les salles le 18 mars

Mathieu, 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité. En attendant, il gagne sa vie en travaillant chez son oncle qui dirige une société de déménagement…
Son destin bascule le jour où il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant finalement de s’en emparer, et de signer le texte de son nom...
Devenu le nouvel espoir le plus en vue de la littérature française, et alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, Mathieu va plonger dans une spirale mensongère et criminelle pour préserver à tout prix son secret…


C’est la première fois que vous jouez dans un thriller
Pierre Niney : Alors que c’est un genre dont je suis très fan. Quand un thriller est réussi, ce qui est rare, ça m’embarque vraiment.

Connaissiez-vous Yann Gozlan ?

Pierre Niney :Je n’avais pas vu CAPTIFS mais je connaissais ses deux courts métrages. Je me souviens avoir lu son scénario dans l’avion qui m’emmenait au Festival de Cannes il y a deux ans, je pensais lire quinze pages puis faire autre chose, je ne l’ai pas lâché.
Ma lecture terminée, j’avais la chair de poule. À peine l’avion avait-il atterri à Nice que j’avais déjà rallumé mon portable : c’était quand il voulait.
En France, quand on s’attaque au thriller, on a souvent tendance à en exploiter le côté très noir. Chez Yann Gozlan, je retrouvais vraiment les codes d’un GHOSTWRITER, de Roman Polanski, ou d’un MATCH POINT, de Woody Allen ; une qualité d’écriture américaine associée à l’image française de PLEIN SOLEIL, de René Clément, ou de LA PISCINE, de Jacques Deray.
En refermant le scénario, je me rappelle avoir également pensé au film de Dominik Moll, HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN : un récit qui débute de façon on ne peut plus normale et qui dérape sans possibilité de retour en arrière.

Qu’est-ce qui vous attirait dans cette histoire ?

Pierre Niney : La problématique identitaire et les questions que pose le film sur l’art sont très inspirantes pour un comédien. Dès l’instant où il est pris au piège de son mensonge, Mathieu s’enfonce dans un engrenage qui l’oblige à accomplir un parcours initiatique dans les méandres du mal et cela donne matière à pas mal de questionnements : a-t-on besoin de traverser des épreuves aussi difficiles pour avoir quelque chose à dire ? Qu’est-ce qui permet de créer ?
J’aimais tout particulièrement l’idée que ce type, passionné, ne soit pas talentueux.
Le cinéma a plus souvent tendance à s’intéresser à des artistes qui ont un don magnifique.
Rares sont les réalisateurs qui se penchent sur ce genre de figures, mis à part les « losers magnifiques » des frères Cohen que j’adore. Ici Mathieu va devoir inventer ce don, ce talent, car cela devient une question de survie !

Vous est-il arrivé d’éprouver également ce genre d’angoisse au moment d’interpréter une scène ?

Pierre Niney : Tous les interprètes connaissent des pannes d’inspiration. Mais l’appel du public est là et on finit souvent par trouver la solution. Mon personnage est animé par le même appel de survie : il ment et va jusqu’à tuer pour régler très temporairement les problèmes qui se présentent à lui.

Quel plaisir procure le fait de jouer un usurpateur d’identité lorsqu’on joue soi-même à en changer chaque soir sur scène ?

Pierre Niney : C’est excitant. En préparant ce personnage, je ne pouvais pas m’empêcher d’établir un lien avec mon propre métier et mon moi profond. Mathieu éprouve du plaisir à se faire passer pour ce qu’il n’est pas mais ça le dépasse. J’ai éprouvé ce sentiment en jouant Yves Saint Laurent : je ne m’appartenais plus tout à fait, c’était troublant.

Pour rentrer dans la peau d’un auteur de best seller, Mathieu procède un peu comme un comédien. Il s’imprègne d’histoire algérienne, observe les gens célèbres en interview.

Pierre Niney : Je suis persuadé qu’il éprouve une véritable admiration pour l’auteur du manuscrit volé : il y a une forme de respect dans cette préparation à laquelle il s’astreint. On est vraiment dans un jeu d’identité.
Dont il sort souvent perdant… Il ne parvient pas, par exemple, à trouver sa place au sein de la famille d’Alice…
Tout comme le personnage joué par Rhys Meyer dans MATCH POINT. Ou comme l’aspiration d’un Martin Eden à intégrer la bourgeoisie. C’est l’éternelle impossibilité d’une classe à fusionner avec une autre. Mathieu prétend s’intégrer mais au fond il ne le peut pas. Symboliquement c’est très fort, je trouve.

Comme au théâtre, le film se déroule presque à huis-clos.

Pierre Niney : On est 80% du temps dans cette superbe villa et cela participe au sentiment d’angoisse qui court tout au long du film. Cette maison, je la vois comme un personnage qui jouerait le rôle d’un témoin et d’une alliée dans les crimes que commet Mathieu. Tout se construit autour de cet endroit isolé d’une beauté à couper le souffle. Il y a là quelque chose de théâtral qui me plaît. L’effet de contraste entre la magnificence du lieu et la violence de ce qui s’y déroule est très fort.

Vous ne cachez pas votre désir d’écrire, de réaliser et de produire. Vous êtes vous impliqué dans le scénario du film ?

Pierre Niney : Le scénario était écrit au cordeau, Yann savait parfaitement ce qu’il voulait, il n’y avait plus qu’à jouer. Je lui ai juste proposé de rajouter la scène où Mathieu demande des comptes à l’éditeur qui a refusé son premier manuscrit : elle souligne à quel point le personnage est réellement passionné de littérature et son besoin viscéral d’être reconnu. Il y a quelque chose d’un peu naïf dans la conversation que Mathieu a avec son interlocuteur : « Je peux tout changer », lui dit-il. Il est plein de bonne volonté et prêt à tout pour vivre de son art…

Y a-t-il des films que vous avez vus ou revus pour le rôle ?

Pierre Niney : J’ai revisionné LA PISCINE de Jaques Deray, PLEIN SOLEIL, de René Clément. Certains films de Polanski. J’ai aussi voulu revoir LES INFILTRÉS, de Martin Scorsese, dans lequel il y a également tout un jeu passionnant sur l’identité.

Comment avez-vous abordé le personnage ?

Pierre Niney : En passant, comme presque toujours, par le travail du corps. C’est une méthode que j’ai découverte très tôt grâce à des artistes russes. À 18 ans, j’ai eu la chance de jouer une pièce de théâtre à Moscou – « Le Gars » de Marina Tsvetaïeva – un spectacle monté moitié en français et moitié en russe. Qu’ils soient musiciens ou comédiens, les Russes ont une technique très physique d’investir les rôles : cela passe par des sensations, du chant de la danse. C’est une approche moins intellectuelle que la nôtre et que je trouve très complémentaire. Pour en revenir au film, je me suis entraîné dans une salle, je me suis musclé et j’ai fait en sorte de prendre un peu de poids. Mathieu, mon personnage doit fournir beaucoup d’efforts physiques, notamment dans la deuxième partie du film. Il fallait qu’il ait de l’endurance.

Son apparence s’est-elle tout de suite imposée à vous ?

Pierre Niney : Yann avait une idée très précise de la façon dont Mathieu devait s’habiller : avec des références très marquées cinéma des années 1960. La chemise que je porte au bord de la piscine et que nous avions baptisée la chemise Delon donne, je trouve, un côté très sensuel à toutes ces scènes. Cela correspondait à l’envie de réaliser un film qui soit non seulement beau et moderne, violent parfois mais aussi sensuel et sexy.
J’ai eu un moment l’idée de me laisser pousser la barbe. Après la sortie de « Sable noir », ce livre volé à un autre, je trouvais intéressant que Mathieu ait envie de se cacher. Yann me voulait, au contraire, rasé de près : la jeunesse de mon visage devait contraster avec la violence des actes du personnage. Il avait raison.

Vous réussissez à faire passer ce contraste de manière incroyable : serein en apparence, bouillonnant à l’intérieur.

Pierre Niney : C’était le défi du film. Comment donner des couleurs aux émotions de ce gars alors qu’il est dans un état de tension permanente ? J’ai parfois eu peur de ne pas tenir la distance.
Yann a été une source d’inspiration directe. On dit parfois qu’un sujet ressemble à son auteur : je l’ai vérifié sur ce tournage, je lui ai volé beaucoup de choses.

À certains moments, le personnage a un côté presque animal.

Pierre Niney : Quand on est un usurpateur, qu’on est sur un territoire dangereux où l’on peut être démasqué à tout moment, on est réellement en mode de survie. On dort d’un oeil, comme un animal, on est toujours prêt à bondir, réagir. Yann me dirigeait dans ce sens, sur la nervosité. On devait pouvoir ressentir que, dans la situation de danger et d’extrême inconfort où se trouve Mathieu, il est capable de tout.

Le film a parfois des accents lynchéens : cette scène, par exemple, où le personnage voit du sang dégouliner du plafond lors d’un dîner de famille…

Pierre Niney : J’adore cette scène ! Il décroche complètement de la réalité, son corps est en train de dérailler. Cette scène et celle du cauchemar contribuent à accroitre un peu plus l’angoisse qui le torture.

Vous évoquiez le scénario au cordeau. Y a-t-il des moments où vous avez donné libre cours à l’improvisation ?

Pierre Niney : Au début du film, il y a une séquence où Mathieu, vient de recevoir une réponse négative de l’éditeur. Sans même se le dire, Yann et moi sentions qu’il manquait quelque chose. Pendant une prise j’ai alors continué la scène après le coup de téléphone et j’ai frappé contre la vitre de l’appartement. Je l’ai carrément cassée. J’ai eu peur que ça pose des soucis pour la suite du tournage. Mais Yann a tout de suite crié « j’adore ! ». Le contrôle de soi et l’automutilation sont des thèmes qui hantent les courts métrages de Yann, c’est sans doute aussi pour cela que ça lui a plu… il a gardé cette prise pour le film.

Vous venez du théâtre où les répétitions jouent un rôle important. Quel genre d’acteur êtes-vous au cinéma ?

Pierre Niney : Je crois au travail. Répéter est une chose qui n’a pas de prix et c’est toujours payant.
Nous avons pu répéter pour le film ; avec Yann, avec Ana Girardot, qui joue Alice – il était important que nous commencions à former un couple avant d’arriver sur le plateau. Cela n’ôte en rien la spontanéité d’une prise, cela permet d’exploiter des pistes, tester des idées. Après, je crois que chaque film, chaque pièce, génèrent une méthode particulière.
Il m’arrive de demander au réalisateur de faire une prise supplémentaire mais la plupart du temps, s’il est satisfait, je n’insiste pas. Mes amis prétendent que j’ai le syndrome André Dussollier ; comme lui, la journée terminée, je refais la prise toute la soirée dans ma chambre d’hôtel, en enrageant d’avoir peut-être raté la bonne.
C’est sans doute de cette insatisfaction permanente que me vient le désir de prolonger mon métier en écrivant, en réalisant et en montant.

Vous êtes au Français depuis 2010, vous enchainez les films et faites aussi des incursions à la télévision avec notamment « Casting(s) » sur Canal Plus. Comment réussit-on à concilier autant d’activités ?

Pierre Niney : Le rythme de la Comédie Française est assez soutenu – il m’est arrivé de jouer « Phèdre », l’après-midi et « Un chapeau de paille d’Italie », le soir. C’est la grande difficulté, la grande exigence mais aussi la grande chance de cette maison : cela permet de travailler son outil, comme on le ferait d’un muscle ou d’un instrument de musique, de se remettre en permanence en question. Je sais que je ne lâcherai jamais le théâtre qui est pour moi la meilleure école pour un acteur. Cela ne m’empêche pas de faire d’autres choses, je ne m’interdis rien, je ne me fixe aucune limite, c’est juste une question de planning. J’ai de l’énergie et un bon agenda.

Parlez-nous du choix de vos films. Le succès d’YVES SAINT LAURENT influe-t-il sur eux ?

Pierre Niney : Je n’ai pas de stratégie de carrière. Je vais où les scénarios me plaisent. Une histoire bien racontée reste une histoire magique.

Comment gère-t-on le succès à 26 ans ?

Pierre Niney : J’aurais mauvaise grâce de m’en plaindre, j’ai eu tant de chance, dont celle de grandir auprès d’une famille dotée d’une éthique solide : chez eux, l’art et sa pratique passent avant tout le reste.

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