Vendredi 13 : entre frisson collectif et fascination populaire
Il suffit que le calendrier affiche un vendredi 13 pour que les conversations changent de ton. Certains évitent de signer un contrat, d’autres tentent leur chance au loto, tandis que les plus rationnels lèvent les yeux au ciel. Mais d’où vient cette superstition tenace ? Pourquoi cette date continue-t-elle de nourrir autant d’imaginaires, entre crainte et espoir de fortune ?
Une double symbolique inquiétante
La réputation sulfureuse du vendredi 13 repose sur la rencontre de deux éléments déjà chargés de sens.
Le vendredi, d’abord, a longtemps été perçu en Europe chrétienne comme un jour funeste. Selon la tradition, c’est un vendredi que le Christ aurait été crucifié. Dans certaines cultures maritimes, on évitait même de prendre la mer ce jour-là.
Le nombre 13, quant à lui, traîne une réputation d’irrégularité. Dans la tradition chrétienne, la Cène réunissait treize convives : Jésus et ses douze apôtres, Judas étant souvent associé à la trahison. Plus largement, le 13 rompt l’équilibre du 12 — chiffre considéré comme harmonieux (12 mois, 12 signes du zodiaque, 12 heures).
La combinaison des deux aurait donc créé un « cocktail » symbolique idéal pour alimenter la superstition.
Une peur moderne… amplifiée par la culture populaire
Si la crainte du vendredi 13 plonge ses racines dans l’histoire religieuse et folklorique, elle s’est véritablement popularisée au XXe siècle. Le cinéma, notamment avec la saga horrifique Vendredi 13, a contribué à ancrer l’idée d’un jour associé au danger et au malheur. Le personnage de Jason est devenu, pour toute une génération, l’incarnation de cette date redoutée.
Mais la peur du vendredi 13 n’est pas universelle. En Espagne et en Amérique latine, c’est plutôt le mardi 13 qui est jugé néfaste. En Italie, le 17 remplace souvent le 13 dans l’imaginaire collectif.
Une superstition qui coûte cher
Dans certains pays anglo-saxons, on parle même de « paraskevidékatriaphobie » pour désigner la peur du vendredi 13. Aux États-Unis, des études ont estimé que des millions de dollars pourraient être perdus ce jour-là, en raison d’annulations de voyages, de reports de rendez-vous ou de baisse d’activité.
Certains immeubles ne comportent pas de 13e étage (ou le renomment 14e), des hôtels évitent la chambre 13, et des compagnies aériennes sautent parfois le rang 13 dans leurs sièges. La superstition, loin d’être anodine, influence encore des décisions très concrètes.
Le vendredi 13, jour de chance ?
Paradoxalement, en France, le vendredi 13 est aussi associé à la chance. Les tirages spéciaux de la Française des Jeux enregistrent des records de participation ce jour-là. Le même symbole peut donc susciter la peur… ou l’espoir.
Cette ambivalence révèle quelque chose de profondément humain : notre besoin de donner du sens à l’incertitude. Face à l’imprévisible, la superstition offre un cadre rassurant, même irrationnel.
Entre croyance et tradition
Aujourd’hui, peu de personnes admettent sérieusement redouter le vendredi 13. Pourtant, beaucoup adoptent, parfois inconsciemment, de petits comportements « au cas où ». Éviter une échelle, toucher du bois, croiser les doigts… Autant de gestes hérités d’un patrimoine culturel immatériel.
Le vendredi 13 n’est peut-être pas un jour plus dangereux qu’un autre, mais il agit comme un miroir de nos peurs et de nos espoirs. Il rappelle que, même à l’ère de la science et des statistiques, l’être humain reste attaché à ses mythes.
Et vous, le prochain vendredi 13, jouerez-vous la prudence… ou la chance ?

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire